Bob le fou,


 

Né en l'an de grâce 1979 après la grande supercherie (ou en 24 après mon père pour les connaisseurs),

J'ai passé la quasi totalité de ma courte vie à Grenoble (Grinobeul pour les anglophones). Plus exactement, j'ai grandi à Vizille, petite ville au sud de Grenoble, d'aucun diront "berceau de la révolution française" (on se calme dans le fond ! Vous pouffez, je vous ai entendu pouffer...) En tout cas, tout le monde n'a pas la chance d'avoir fréquenté le même lycée que Stendhal (Toi là-bas dans le fond ! Ça fait deux fois ! Tu me copieras cent fois "Non, Stendhal n'est pas un auteur des collections Arlequin".)

C'est d'ailleurs à cette époque bénie du lycée, où l'on devient adulte et où la peau bourgeonne, où l'on ose à peine sourire à la belle Stéphanie... De peur de s'éventrer la lèvre inférieure sur ces engins de tortures ferraillés et collés à nos dents... C'est à cette époque que l'on a commencé à m'appeler "Bob", et où mon grand père... Ah, mais il faut d'abord que je vous parle de mon grand père.
Mon grand père, immigré italien, est venu en France pour fuir un certain Mussolini qui faisait "führer" en ce temps là. Mon grand père est mécanicien, en plus d'être le père de ma mère, si. Mais il est surtout musicien, de ces musiciens qui ont appris à jouer seuls, faute de moyens. De ces musiciens qui ne savent pas la musique, mais qui la sentent... Il joue un peu de tout, accordéons, claviers, guitares et autres. Du moment que ça fait danser et peut-être un peu rêver les gens.

C'est ce grand monsieur aux cheveux blancs qui, pour mes 15 ans (époque du lycée, bravo à ceux qui suivent), me présente mon premier amour : une vieille coréenne classique, qui était loin d'être vierge, mais qui savait s'arranger... Dès lors, elle passe au moins deux heures par jour dans mes bras, et je la traîne partout dans mon sillage. Combien de soirées lycéennes ai-je animé de chansons massacrées sur ma guitare désaccordée ? Combien de nuits autour du feu ai-je passé à gratter des fausses notes, pendant que mes potes, moins musiciens mais plus dégourdis, grattaient autre chose... Elle a tout fait cette guitare, et moi avec.

Ensuite, la fac. Un peu plus de moyens, et donc une entrée à l'école de musique, en formation Jazz. Déception, ces gens aiment la technique, pas la musique. Cependant, cette première expérience me mène à ma première scène. A la fin d'un de leurs concerts, nos profs nous ouvrent la scène... Je vous la situe, la scène : concert de jazz, deux heures de jazz, de jazz technique. Fin du concert. Nous remarquons dans le public une dizaine de personnes, sans doute eux-mêmes musiciens, qui ont leurs yeux écarquillés d'émerveillement. Les 240 autres personnes dorment profondément. Nous entrons en scène. Deux morceaux blues rock, rythmiques et mélodies simples, mais qui sonnent. Applaudissements, acclamations. Succès facile, mais tellement agréable.

Puis le temps défile à toute allure. Premier groupe, chant, guitare électrique et basse. "Les Nimps" avec mon meilleur ami à la batterie, et un autre meilleur ami à la guitare et basse (on alternait). Concerts de rock en salles des fêtes et autres anniversaires. Cinq ans de vie pour tout un tas de reprises et peut-être trois ou quatre compo... Mais pour tellement de plaisirs !

Puis les amis s'en vont, et la guitare est remisée dans un coin. Pas longtemps, le temps d'un premier accident de parcours, d'une première déception amoureuse. Et elle revient en force pour hurler le blues de cette vie imparfaite... La musique ou les anti-dépresseurs, camarade j'ai choisi mon camp.

En 2004, je rencontre Marc Delmas, personnage étonnant. La preuve : il m'aime tout de suite. Plus tard, le "Blues Petrole" a besoin d'un bassiste en remplacement. Je rencontre alors Etienne Delmas, le frère de l'autre, et Marco, le banquier de l'autre, étonnant vous dis-je. Ça donne à peu près ceci :
- "Je ne suis pas bassiste, je suis guitariste."
- "On s'en fout, c'est une question de feeling. Prends ça et joue !"
- "Bon d'accord..."

Depuis je suis le bassiste du "Blues Petrole". Sans doute un des seuls bassistes au monde à jouer en allers-retours avec un médiator. Peu importe, on joue le "Blues Petrole". Le "Blues Petrole", ce n'est pas de la technique, c'est du vécu...

Bob.